Franky Moiss, partenaire technique de DREAMSCAPE.

Franky Moiss, partenaire technique de DREAMSCAPE.

Notre chef de produit a rencontré Franky Moiss, snowboarder pro et partenaire technique de DREAMSCAPE. 
Il nous parle du travail de co-conception réalisé depuis ces trois dernières années sur nos snowboards, et nous détaille comment nous avons travaillé, en partant d'une feuille blanche, pour concevoir nos nouvelles boots de freestyle.

Rencontre avec franky moiss, snowboarder PROFESSIONNEL

Yohann, chef de produit chez Dreamscape : Avant d’entrer dans le vif du sujet, peux-tu te présenter et détailler un peu ta carrière de snowboarder ?

Je m’appelle Franck Moissonnier. Pas mal de gens m’appellent Franky Moiss, parce que mon nom était beaucoup trop long à l’international et il a fallu raccourcir un peu ça pour qu’on arrive à prononcer mon nom de famille. Ce que je peux comprendre, en anglais ça ne marche pas très bien... J’ai été snowboarder professionnel pendant une quinzaine d’années. Je dis « professionnel » car j’ai fait un peu de compétition mais c’est surtout le côté image (pour les marques) qui a fait ma carrière. J’ai quand même fait ma part de compétitions, comme les Air & Style, les Team Challenge, l’Empire Check Down, tous ces grands événements un peu mythiques du snowboard.

Est-ce que tu peux nous raconter ton premier souvenir en snowboard ?

Ça doit remonter à 1992,  j’avais 15 ans. J’avais loué une Look avec des chaussures de ski, et des plaques bien sûr à l’époque. C’était à La Clusaz, sur une piste un peu plate, pour commencer. On était pas mal sur les fesses mais en venant du skate, j’ai vite compris le truc… Je crois que j’ai réussi à faire des Ollies dès le premier jour en faisant « youhou » ! Ce n’était pas très stylé mais ça devait être cool pour l’époque… La saison d’après, j’ai racheté une board avec des coques à un pote avec. C’était avant les Burton Air, une Burton Free Six, ma première vrai board de snowboard.

Pour tous les gens qui nous lisent, ça fait combien de temps que tu bosses avec Dreamscape ?

Ça fait 3 ans maintenant. C'est deux dernières saisons, on a conçu des produits et filmé ensemble. Et la première année, j’avais déjà fait quelques tests et retours produits.

La première chose qui m’a séduit, c’est qu’on fait des boards à prix abordables qui donnent plus d’accessibilité à notre sport.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de bosser avec Dreamscape ?

La première chose qui m’a séduit, c’est qu’on fait des boards à prix abordables qui donnent plus d’accessibilité à notre sport, surtout que le snowboard est quand même assez exclusif en termes de prix. Et là on donne accès un peu à tout le monde… Donc le but pour moi, c’était de faire des boards Decathlon Dreamscape à des prix abordables tout en restant soit performantes, soit accessibles, selon à qui on s’adresse. On peut faire des bonnes boards pas cher, il n’y a pas besoin qu'elles coûtent 500 ou 700 euros...

Tu parlais aussi de la notion de distributeurs opposée à celle de marques ?

Oui, et mon délire aussi, c’est de développer des snowboards parce que j’adore ça. Avant je travaillais avec Hammer, avec Apo, j’ai travaillé avec pas mal de marques. Mais aujourd’hui en France, il n’y a quasiment plus que des distributeurs et plus de marques. Décathlon est pratiquement la seule marque à développer des produits et à avoir un vrai processus de développement. C’est à dire, on travaille sur des prototypes avant de les valider et de les envoyer en usine et contrôler si c’est exactement ça que l’on veut.

Comment vis-tu le travail que tu fais avec nous ? Peux-tu nous raconter à quel moment tu interviens dans le processus de développement ?

En général, on parle du projet tous ensemble, on définit ce qu’on souhaite, avec parfois des produits qu’il faut améliorer… et donc là c’est un peu "plus simple" comme process, on améliore le produit. Mais quand on part de 0, comme avec ces boots (boots de freestyle Endzone 500) dont on va surement parler après. On dit ce qu’on veut, chacun donne un peu son avis, on fait un premier prototype, on le teste, on dit ce qui va pas, on en fait un deuxième, on le teste, on dit ce qui va pas et ainsi de suite... Jusqu’à on va dire 3 à 4 prototypes avant de pouvoir avoir la version définitive.

Franky Moiss, partenaire technique de DREAMSCAPE.

J’ai bien envie d’exprimer le pourquoi on avait envie de travailler avec toi. Je suis chef de produit, notamment sur les produits dont on va parler. On est deux chefs de produit chez Dreamscape. Et pour le coup, ce qui nous a donné envie de te faire participer à notre équipe, c’est justement ce dont tu as parlé, de ton background d’avoir déjà bossé avec des marques et développé des produits, en plus de ta sensibilité de rider... Être capable de ressentir les choses et, dans les itérations qu’on fait, de nous faire des feedbacks qui soient cohérents par rapport au produit. Tous les riders ne sont pas capables d’avoir cette sensibilité, et nous les premiers, on a pas mal appris en bossant avec toi. Comment je ride le produit? Comment je le ressens? Quel feedback on fait? Donc ça a été un gros plus pour nous dans notre relation, d’avoir des retour d’expérience utiles et constructifs qui nous permettent de modifier la conception du produit et d’avoir un vrai comportement qui change…

C’est aussi une question de vision et d’expérience. Il y a plein de gens qui ont commencé le snowboard très jeunes et qui étaient doués et donc qui n’ont pas forcément eu besoin de se poser des questions. Ils ridaient, tout simplement. Moi j’ai commencé tard et je suis arrivé à la montagne quand j’avais 19-20 ans. Et j’étais loin d’être le meilleur ! Mais du coup, pour progresser, je me suis beaucoup posé de questions. Pourquoi j’appuyais sur ma board comme ça ? Pourquoi je faisais telle ou telle chose ? Comment améliorer le process? Et du coup, je pense c’est aussi comme ça que j’ai appris à sentir ce que j’avais sous les pieds.
Et ensuite j’ai fait mes premiers tests super tôt avec le magazine Windsurf neige. Alors que ça ne faisait que 3 saisons que j’étais à la neige. Et j’ai donc commencé à tester des boards pour des magazines...

Ce qui a cultivé un peu ta capacité à ressentir ce que tu as sous les pieds…

Exactement, à ressentir des boards. Ils m’ont appris (les testeurs) quelles étaient leur méthodes, j’ai mis les miennes un peu par dessus. J’ai ensuite développé cette sensibilité avec mes premiers pro-models.

Même si tu avais déjà une sensibilité. Tu parlais de l’époque où tu étais professionnel avec tes pro models…

Oui, ça c’est venu après. Quand j’ai commencé à tester des boards, ça faisait 3 saisons que j’étais à la montagne. Mes premiers pro-models… j’ai eu le premier à 24-25 ans… Non, à 26 ans j’ai eu le premier !

Sans transition, on va parler de cette boots qu’on a développée en s’appuyant sur ton expertise. Depuis le début, tu nous as donné des conseils sur les boards, ce qui nous a permis de les améliorer, de les pousser mieux dans leurs programmes respectifs, et de les rendre parfois plus accessibles. Cette fois, plutôt qu’un travail d’amélioration continue, on t’a demandé de partir de zéro sur le développement de cette boots de freestyle. Est-ce que tu peux nous dire ce que tu as réalisé en terme de co-conception sur ce produit ?

Depuis le début, on a discuté ensemble de ce que vous vouliez comme bottes. Le but c’était de faire une botte de freestyle, ouverte à tout le monde. Donc on a tous donné nos avis. Bien sûr, quand tu travailles pour Decathlon, il faut innover… C’est important, ça fait partie de la philosophie de l’entreprise, d’avoir un vrai plus sur les produits.

Du coup, une fois que tout le monde a été d’accord sur ce qu’on voulait faire, je vous ai  parlé de ce que je trouvais hyper important sur une botte, en termes de fit et de technologies. À savoir, un minimum de déformation, d’où cet emplacement pour les pliures, pour que la botte puisse se plier sans trop se déformer. Et le deuxième aspect crucial, c’est le maintien de la cheville, avec une éventuelle séparation, la possibilité de différencier le laçage en haut et en bas autour de la cheville différemment, suivant si on veut être plus performant et serrer beaucoup plus, ou être plus souple, pour faire des trucs un peu plus joueurs.

Et cette boots tu l’as mise au pied ? Ce n’était pas toujours facile lors des premiers protos, en terme de confort notamment…

Je l’ai mise au pied à chaque fois qu’il y a eu une itération, un prototype. Il a fallu même négocier avec l’usine pour avoir des protos à ma taille, car je fais du 41 et normalement les prototypes de boots sortent en 43. Mais une fois que ça a été négocié, j’ai eu chaque prototype, j’ai pu mettre le pied dedans, et on est allé faire des tests sur neige l’hiver ou sur glacier suivant la période.
Lors des premières itérations, souvent l’usine bacle un petit peu le produit, ils le font le plus vite possible, parce qu’ils savent que c’est un premier prototype et qu’il va y avoir plein de choses à changer. Mais on avait déjà une bonne idée du produit sur lequel on allait se diriger.

Sur ce processus de co-conception, tu as vu des trucs que tu aimerais améliorer ?

Je faisais un feedback au chef de produit et à l’ingénieur produit et puis on en discutait ensemble. Pourquoi je n’ai pas aimé tel aspect, pourquoi j’ai aimé tel autre, ce qu’on pourrait faire pour améliorer telle chose... Et voilà, en travaillant les détails, on est arrivé à ce produit dont on est plutôt fiers aujourd’hui !

Qu’est-ce que tu as apprécié dans la collaboration avec Dreamscape qui te donnerait envie de re-bosser avec nous dans le futur ?

Vous avez fait appel à moi pour avoir mon avis, mon input et vous m’avez écouté. Donc rien que ça ce n’est pas mal. Car des fois on fait appel à quelqu’un pour se crédibiliser et puis finalement, on ne l’écoute pas...

Cette boots, elle va sortir cette saison dans nos magasins, comment tu la décrirais ?

C’est une boots de freestyle que personnellement je pourrais utiliser tous les jours pour n’importe quelle pratique, car justement je peux la rigidifier en serrant un maximum. Au milieu, pour avoir cette séparation de lacet, il y a une petite inspiration Nike (de l’époque où j’ai ridé Nike), pour verrouiller la cheville vers le bas. Et le haut, on peut l’avoir plus ou moins souple, plus ou moins rigide. Et il y a encore cette molette qui vient verrouiller la cheville pour être sûr de ne pas bouger. 

C’est pas une botte ultra haute gamme en terme de conception, mais elle est pleine de technologies et elle va amener pas mal de plaisir pour les gens qui vont l’utiliser, car elle est très confortable, et tout ça à un prix vraiment abordable !

Elle va vraiment permettre à chacun de ses utilisateurs de les adapter à son pied, à son style de ride, tout en étant vraiment bien dedans. Et c’est quand même le plus important, de mettre son pied dans une botte et de s’y sentir bien tout de suite ! Parce que j’ai eu plein de paires de bottes qui étaient très bien, mais il fallait 15 jours de ride intensives avant d’être bien dedans…